Depuis plusieurs années, je conserve une saine distance avec Facebook™, LinkedIn™ et les autres réseaux sociaux. De mon point vue, ils introduisent une couche inutile entre la richesse ouverte du World Wide Web et ses utilisateurs et ses utilisatrices. Malgré tout, au XXIe siècle, il demeure important de conserver une présence numérique au risque de se ringardiser.

Twitter™ est l’outil social le moins intrusif en terme d’identification des personnes ou d’utilisation de logiciels privatifs. Cette caractéristique le rend moins inacceptable aux yeux de Richard Stallman ou de la Free Software Foundation tout en soulevant des questions de cohérence au sein de la communauté du logiciel libre.

Outre ces considérations logicielles, d’autres enjeux surgissent. Personnellement, j’ai été touché par sa gestion des algorithmes et par des blocages intempestifs de Mathieu Bock-Côté et deux conservateurs de musée.

Première expérience de shadowban

À l’automne 2017, le gouvernement libéral a annoncé une nouvelle série de coupures à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Ces restrictions m’apparaissaient particulièrement choquantes puisqu’elles réduisaient d’une façon importante les ressources dévolues à la numérisation des archives. En ma qualité d’historien de l’art, ces documents numériques constituent une ressource importante pour ma recherche. En ma qualité d’historien de l’art et de codeur, je ne comprenais tout simplement pas la logique derrière cette décision qui pouvait mettre en péril le rôle de leader numérique de l’institution. J’ai donc choisi de prendre la parole.

Capture d’écran de l’article du Devoir annonçant les coupures à BAnQ (2017)

Jusqu’à cet instant, mon compte @MrcGthr connaissait une croissance organique. J’avais réussi à intéresser environ 1500 personnes autour des mots-clics #DigitalHumanities, #cultureQc et #mnbaq. Mes gazouillis traitaient surtout de sécurité informatique, d’histoire de l’art du Canada et du Québec, d’humanités numériques et de sujets similaires. Aucun sujet politique n’était abordé.

Toutefois, je possédais une habitude peu commune: j’effaçais mes gazouillis après une semaine. Oh! Il ne s’agissait pas de cacher quoi que ce soit; plutôt, j’avais le désir de voir mon fil en adéquation avec mon état d’esprit du moment. D’ailleurs, depuis cette époque, l’entreprise a implémenté cette fonction. Également, j’abandonnais un compte après un an afin de conserver une perspective nouvelle et éviter l’embourbement. Complètement en accord avec la politique d’utilisation du site, cette façon de faire ne m’avait causé aucun problème.

Le compte @MrcGthr fonctionnait de cette manière depuis quelques mois lorsque les coupes budgétaires à BAnQ ont été annoncées. À la suite de cette annonce, j’ai décidé de montrer la richesse de cette ressource numérique en mettant de l’avant tout ce qu’il était possible d’y trouver.

J’ai débuté en employant le mot-clic #MerciBAnQ et en renvoyant vers les documents disponibles en ligne. Après quelques gazouillis, j’ai croisé un autre utilisateur engagé dans une démarche similaire. Il employait #JeSoutiensBAnQ. Afin d’unir ma voix à la sienne, j’ai adopté ce mot-clic et continué mes gazouillis. C’est à ce moment que le bordel a commencé.

J’ai commencé à insérer des politiciens dans mes gazouillis. La stratégie a fonctionné. Le mouvement #JeSoutiensBAnQ a pris de l’ampleur. Des membres des partis d’opposition ont annoncé leur soutien. Des articles de journaux ont rendu compte du bruit qui se faisait entendre sur les réseaux sociaux. Un momentum se créant, une manifestation a été organisée. La presse électronique s’est rendue sur les lieux et des reportages ont été diffusés à la télévision. Au milieu de cette fébrilité, alors que la discussion politique était engagée, Twitter™ a décidé de me retirer du débat en m’imposant un shadowban.

Annonce du dépôt d’une motion d’Agnès Maltais et du Parti Québécois en soutien à BAnQ (2017)

L’entreprise dément son recours à cette stratégie. Pourtant, durant la campagne #JeSoutiensBAnQ, j’ai remarqué une chute soudaine de mes statistiques de visibilité. Au même moment, mes notifications ont cessé. J’étais interloqué. Est-ce que mes gazouillis étaient devenus illisibles? Est-ce que la campagne s’était déplacée vers un nouveau mot-clic sans que je ne m’en aperçoive?

Puis, j’ai compris ce qui se passait: Twitter™ me laissait croire que j’utilisais le réseau normalement tout en me rendant invisible aux yeux des autres. Au bout du compte, je croyais participer à l’effort collectif, mais l’entreprise avait décidé de me transformer en ombre, de me bannir du débat.

Qu’est-ce qu’un shadowban? La pratique consiste à laisser l’utilisateur ou l’utilisatrice accéder au réseau, placer ses messages, répondre aux messages des autres, voter, aimer des gazouillis et participer normalement au réseau social. Toutefois, la personne est la seule à voir ses activités. Elle n’est donc pas «censurée» puisque sa prise de parole n’est pas niée, mais elle est écartée de la conversation.

Au moment de mon shadowban, je croyais toujours participer à la conversation autour du mot-clic en soutien à BAnQ. Je voyais mes sujets parmi les autres.
Toutefois, en me déconnectant et en faisant une recherche anonyme autour du même mot-clic, tous mes messages étaient camouflés. J’étais invisible.

Ma première réaction fut marquée par la surprise. Comment? Twitter™ fait cela sans avertissement? Aucun message me disant que j’étais trop bavard, trop actif, trop impliqué. Aucune chance à la rédemption. Aucun moyen à ma disposition afin de corriger le tir. Rien. Simplement le retrait pur, sec, sauvage, abrupt d’une campagne politique au moment pile où elle prenait de l’ampleur.

Ma deuxième réaction fut marquée par l’introspection. Étais-je dans le tort? Étais-je trop bavard? Étais-je trop agressif? En privé, j’ai cherché à valider cette possibilité auprès des personnes impliquées dans la campagne. Je n’ai reçu aucune réponse allant dans ce sens. Plutôt, chaque personne contactée soulignait ma contribution. Pire, certaines d’entre elles croyaient que j’avais abandonné le navire alors que la dynamique s’installait.

Message au centre d’assistance du réseau social demandant à ce que mon shadowban soit levé.

Ma troisième réaction fut marquée par la colère. Comment? Un algorithme anonyme, en quelque part, avait porté un jugement sur mon contenu, m’avait retiré d’une campagne politique et avait donné l’impression que j’abandonnais? Cela ne me semblait pas correct.

La vie après un shadowban

Ma dernière réaction fut marquée par la curiosité. Après avoir fait un deuil d’une présence sur le réseau social, je me suis mis à essayer des choses. J’ai désactivé puis réactivé mon compte. J’en ai ouvert d’autres, puis je les ai fermés. J’ai créé des applications sur le réseau des développeurs. J’ai effacé mes gazouillis. Au bout du compte, j’ai découvert ces trois points sur les shadowbans.

D’abord, ils sont mis en place pendant environ 24 heures. Par la suite, mon compte redevient visible pour l’ensemble de la communauté Twitter™.

Ensuite, la mise au ban est activée par l’emploi rapide des mêmes mots-clés ou le fait de citer un même utilisateur de manières différentes (localisation géographique, pseudonyme, mot-clic).

Enfin, l’ouverture d’un nouveau compte n’est pas vraiment utile puisque l’algorithme gérant la croissance organique est plus strict qu’auparavant.

Ce dernier point est le plus paradoxal. Avec la croissance du réseau, l’entreprise semble plus stricte avec les nouveaux comptes qu’avec les comptes existants. En conséquence, il devient très difficile de rejoindre le réseau et d’être immédiatement actif. En effet, le réseau croit rapidement qu’il s’agit d’un robot.

Parfois, il m’arrive de m’ennuyer de certains personnes de mon réseau. À ces moments, j’active mon compte. La dernière fois, c’était en octobre 2020. J’y plaçais des messages de ce type. Étant familier avec le réseau, mes gazouillis contenaient des images, des liens et des identifications de personne.

Que s’est-il passé? Certains de mes gazouillis, selon un algorithme étrange et ésotérique, ont été masqués. Aussi, mes réponses à des personnes qui s’étaient abonnées à mon fil ne leur parvenaient même pas. Désormais, l’entreprise emploie l’expression orwellienne Ce tweet est indisponible. Misère. Décourageant.

Façon subtile qu’a le réseau social pour faire disparaître certains de mes messages en octobre 2020.
Le message qui doit être caché par le réseau social selon un algorithme qui m’échappe.

Comment être bloqué par Mathieu Bock-Côté

Mathieu Bock-Côté est un personnage qui laisse peu de personnes indifférentes. À la rencontre des mois de novembre et décembre 2020, il s’est retrouvé au coeur d’une controverse. À ce moment, la direction de l’Association des libraires du Québec a décidé de retirer des suggestions de lecture du Premier Ministre François Legault qui mentionnaient le sociologue. Elle a ensuite corrigé le tir.

Au même moment, l’artiste Hugo Nadeau participe à un projet artistique autour de Mathieu Bock-Côté. Intitulé Le Miroir, on y détourne des chroniques, réalise des montages, crée de nouvelles images, etc. Bref, il s’agit d’une véritable démarche artistique soutenue notamment par Folie/Culture.

Aperçu du site Le Miroir d’Hugo Nadeau

Je connais à la fois Hugo Nadeau et Folie/Culture par le biais de mon blogue. En 2010, j’y ai publié une critique de Bienvenue 24h, Je dors avec mon portefeuille, mes clefs et toutes mes affaires, une exposition de l’artiste à l’Œil de poisson. En 2008, j’ai aussi rédigé un compte-rendu de l’exposition Regards fous de Folie/Culture. Bref, je suis au courant de leurs projets depuis longtemps.

Le 6 décembre 2020, j’ai reçu un nouveau courriel d’Hugo Nadeau. Il maintient une liste d’envoi que je continue à suivre, de loin. Puisque mon compte relaie des informations liées à l’actualité artistique, j’ai décidé de partager ce projet. J’ai réfléchi avec attention à ma formulation. Mathieu Bock-Côté étant un véritable aiguillon attirant la foudre, j’ai même placé une mise en garde. Sa réponse a été impitoyable: il a bloqué mon compte.

Gazouillis placé sur mon compte le 6 décembre 2020

Gazouillis constatant que Mathieu Bock-Coté m’a bloqué l’accès à son compte

Constat que Mathieu Bock-Côté m’a bloqué

Je demeure stupéfait par ce geste. Après avoir passé une semaine à se battre contre la censure de l’Association des libraires du Québec, le voilà qui pose ce geste à l’égard d’un projet artistique valable. Critiquable certes, mais valable. Pas fort.

Non seulement cela, mais il me bloque pour avoir relayé une simple information de la manière la plus neutre possible. Misère. Le geste est un peu inutile puisque ses gazouillis sont publics. Il me suffit d’y accéder sans être connecté pour les lire. Toutefois, je ne peux plus les lire à partir de mon compte ou les commenter, ce que je n’ai jamais fait soit dit en passant.

Je ne regarde pas Tout le monde en parle. J’ai appris le lendemain qu’il y faisait un passage le soir-même. Je ne suis pas dans sa tête. Toutefois, j’imagine qu’il a rapidement vu l’image et qu’il a cru que je me moquais de lui en le caricaturant. Avec le nombre de notifications qu’il doit recevoir, j’imagine toujours qu’il ne prend pas le temps de lire les messages avant de poser des gestes aussi puissants que celui-là. Pas fort non plus, si tel est le cas.

Au-delà de ma petite personne, au-delà de Mathieu Bock-Côté, cet événement me semble révélateur. Il signale la rapidité des jugement sur les réseaux sociaux. Il me confirme que personne n’y échappe, même en tentant d’être le plus neutre possible, même en réfléchissant pendant une heure à une formulation. Le couperet tombe rapidement sans droit d’appel.

Je termine en signalant que j’ai effacé ces deux gazouillis, comme à mon habitude. Ne les cherchez pas.

Comment être bloqué par deux conservateurs de musée

Il existe plusieurs raisons pour lesquelles je continue de maintenir un compte actif sur ce réseau social. La première concerne le maintien de liens d’amitiés distendus. La seconde traite de l’actualité culturelle. Le réseau est un flux sans cesse de nouvelles, photographies et réalisations issues du milieu culturel.

Un internaute français intéressant à cet égard est Guillaume Giraudon. Je ne le connais que par ses gazouillis. Ses photographies de l’actualité artistique française sont toujours nombreuses. Si ses opinions sont parfois tranchées, elles ne m’ont jamais heurté.

D’après ce que j’ai compris, il a animé la participation du château de Fontainebleau sur les réseaux sociaux en 2018-9. En décembre 2020, il annonce toutefois avoir été bloqué par l’institution. Il en est consterné.

Puisque le château de Fontainebleau ne peut plus voir ce que monsieur Giraudon écrit sur lui, l’institution ne peut lire son interrogation. Une discussion s’engage entre monsieur Giraudon et d’autres internautes. Elle laisse entendre à une fausse manipulation.

Je décide de relayer cette information puisque le château ne peut la suivre. Heureusement, dès le lendemain, le château confirme qu’il s’agit d’une erreur de manipulation. Je suis heureux, j’ai fait une bonne action gratuite. Affaire réglée. Ou l’est-elle?

En effet, quelques jours plus tôt, monsieur Giraudon avait également mentionné être bloqué par le domaine de Chantilly. Probablement encore une erreur de manipulation, me dis-je. Mais, bon, cette personne est adulte et vaccinée. Elle peut gérer ses problèmes tout seul.

Mes problèmes commencent lorsqu’un gazouillis mentionnant le domaine de Chantilly croise mon fil d’actualité. Me rappelant l’incident du château de Fontainebleau, je pose la même question au conservateur du domaine de Chantilly. Si quelqu’un voit de la malice dans ma question, je ne sais pas où elle se trouve.

Gazouillis du 15 décembre 2020 par Mathieu Deldicque, conservateur au domaine de Chantilly
Gazouillis de Mathieu Deldicque demandant de partager la demande d’aide du domaine de Chantilly et ma réponse

Béatement, j’attendais une réponse à la manière de Fontainebleau. Il me semble qu’un musée qui demande l’aide du public pour l’aider à boucler son budget a besoin de toutes les voix possibles pour propager son message.

Je n’étais pas béat, j’étais naïf.

En vérifiant si le conservateur m’avait répondu, j’ai cliqué sur son nom. À ce moment, j’ai encore une fois été stupéfait: il m’avait bloqué à mon tour !

J’ai de la difficulté à croire que la meilleure réponse à ma question était de me bloquer. Peut-être s’agit-il d’une différence culturelle dans le rapport aux institutions, mais il me semble qu’une entreprise qui sollicite le public ne devrait pas jouer à ce jeu. Je crois également qu’il s’agit d’une mauvaise gestion des réseaux sociaux. Toutefois, je ne suis ici qu’un simple utilisateur lambda.

Le même message du domaine de Chantilly demandant l’aide du public est réapparu dans mon fil d’actualité quelques secondes après ce blocage. En plus, monsieur Giraudon y a répondu. Je l’ai donc informé de mon blocage récent.

Message de Benjamin Randow relayant l’information sur le domaine de Chantilly
Réponses de Guillaume Giraudon et de moi

La même nouvelle concernant la campagne de dons du domaine de Chantilly apparaît une troisième fois dans mon fil d’actualité. Cette fois, elle est relayée par Oriane Beaufils, conservatrice au château de Fontainebleau.

J’ai répondu. Je suis idiot.

Gazouillis d’Oriane Beaufils, conservatrice au château de Fontainebleau, relayant la campagne de dons du domaine de Chantilly
Ma réponse au gazouillis d’Oriane Beaufils

À ce moment, Oriane Beaufils et moi avons entamé une discussion. En fait, je croyais qu’il s’agissait d’une discussion. J’avais oublié que sur ce réseau social, les discussions sont difficiles. Tout est affaire de perception, tout se joue en quelques instants. J’ai, évidemment, perdu la guerre de la perception.

Le réseau étant ce qu’il est, les discussions se déroulent parfois en parallèle. Dans un premier temps, j’apprends que monsieur Giraudon aurait fait des attaques ad hominem à l’égard du conservateur. C’est ce qui expliquerait son blocage.

Je le répète, je ne connais pas cet internaute. Je n’ai aucune idée du sujet dont elle parle. Elle a peut-être raison. Si c’est le cas, ce type d’attaque n’est pas correct. Ces gazouillis sont-ils la source de ses soucis? Est-ce ce à quoi elle fait référence? Je l’ignore.

Toutefois, je sais quatre choses.

D’abord, je sais qu’une erreur de manipulation peut expliquer un blocage malencontreux. C’est arrivé quelques moments auparavant auprès de la propre institution de madame Beaufils, soit le château de Fontainebleau!

Ensuite, je sais qu’un conservateur d’une institution culturelle m’a bloqué pour avoir soulevé une question. Je trouve le geste aberrant. Peu importe, me semble-t-il, qu’il s’agisse d’un compte présenté comme étant un compte personnel si le nom de l’institution s’y trouve.

Aussi, je sais que le dialogue est toujours mieux que la censure, surtout entre gens cultivés. Le fait de bloquer une personne coupe court à tout dialogue. Il s’agit de la première étape vers la création de silos et de chambres d’écho.

Enfin, je sais que le geste de bloquer un internaute est extrêmement violent. Il est possible de réduire un bruit indésirable en masquant l’internaute. Je trouve ce geste d’autant plus fort venant d’institutions culturelles qui défendent continuellement des idées humanistes dans leurs discours.

C’est ce que j’exprime dans le premier fil de discussion.

Première conversation parallèle entre Oriane Beaufils et moi

Dans ce fil de discussion, je crois comprendre que la conservatrice n’a pas la meilleure opinion de monsieur Giraudon. C’est son droit le plus strict.

Par contre, la situation dérape dans le second fil.

À l’évidence, sa position sur le recours au blocage d’un internaute n’est pas la mienne. Les erreurs dans mon gazouillis sont dues à mes maintes réécritures rapides.

Je signale que je ne m’oppose pas nécessairement au blocage. Toutefois, selon moi, il devrait s’agir d’un geste de dernier recours lorsque tout espoir de dialogue est rompu.

Encore une fois, je suis d’une naïveté désarmante.

Deuxième conversation parallèle avec Oriane Beaufils

Le choc survient quelques instants après ces deux conversations parallèles. Je ne sais pas si elle a manqué certains de mes messages, mais voilà qu’elle aussi finit par me bloquer. Misère.

Dernier gazouillis d’Oriane Beaufils m’apprenant que je suis bloqué de son compte

Je suis donc en état de double stupeur.

D’un côté, un conservateur du domaine de Chantilly me bloque pour avoir seulement posé une question.

De l’autre, une conservatrice du château de Fontainebleau me bloque pour couper court à une discussion.

Je le répète, ce geste de bloquer un internaute est particulièrement violent. Il ne vise pas un propos, une opinion ou une prise de position, mais bien une personne. Il existe une option moins violente qui consiste, simplement, à ignorer cette personne. Pour s’aider, on peut utiliser la fonction de masquage du réseau social.

De plus, ce geste est inutile. Il suffit d’ouvrir une fenêtre sans être branché pour avoir accès aux gazouillis de la personne.

Enfin, ouvrir un compte prend deux minutes. Il est impossible de gérer les personnes au moyen du blocage. Ce n’est qu’illusion de contrôle.

D’ailleurs, c’est ce que j’écris en point final à madame Beaufils à partir de mon compte en anglais.

Dernier message envoyé à Oriane Beaufils à partir de mon compte anglophone

Alors que j’écrivais les détails de cette mésaventure, je me suis aperçu qu’Oriane Beaufils avait retiré son blocage.

N’osant pas trop lui écrire, je ne peux que postuler qu’elle a vu mon message en anglais. Je ne le saurai jamais, mais j’apprécie le geste. Il mérite d’être souligné.

Je mentionne, ici aussi, que j’ai effacé ces gazouillis, comme à mon habitude.

Et maintenant?

Mon cas est à la fois insignifiant et important. Il est insignifiant car je ne suis pas le président d’une grande nation. Je ne suis pas très important. Je gazouille sur l’art et le patrimoine du Québec avec naïveté. À mon apogée, j’avais intéressé quelques centaines personnes autour de ces sujets. Que l’algorithme du réseau soit imparfait et supprime quelques-uns de mes messages n’est pas très grave.

Par contre, cette expérience est importante. Elle l’est personnellement, d’abord. Comme citoyen, il est frustrant d’avoir été retiré d’un débat politique auquel j’avais contribué. Comme citoyen numérique, il est injuste que les autres croient que j’avais abandonné le mouvement alors que je croyais toujours y participer. Comme utilisateur, il est curieux de croire avoir accès à un service alors que ce n’est pas le cas.

Surtout, elle importe autour de questions plus grandes que moi. La place des réseaux sociaux n’est pas négligeable. Ils ont un pouvoir sur la discussion publique et, au bout des années, sur notre façon de penser. Or, ils fonctionnent en vase clos. Leurs politiques d’utilisation sont si vagues qu’elles leur donnent un pouvoir immense sur le contenu publié. Ils n’ont pas de comptes à nous rendre. En cas de litige comme le mien, nos recours sont bien minces et les informations, rares.

S’y ajoute l’ampleur du réseau. Il est désormais partout. D’un côté, cela signifie que l’information circule plus facilement. D’un autre côté, cela signifie que les jugements tombent facilement, aussi. Telle est mon expérience avec Mathieu Bock-Côté. Telle est mon expérience avec deux conservateurs de musée.

Où est l’espace de réflexion?, telle est ma première question.

Doit-on finir en silo dans l’état actuel du réseau?, telle est ma seconde question.

Surtout, à quoi tout cela sert-il?, telle est ma question la plus importante.

En bref, je maintiens le compte @MrcGthr ouvert, mais je demeure ambivalent à son égard.