Comme tout membre en règle de la génération X, j’ai grandi avec les ordinateurs. Quelques moments forts dans ma jeunesse vont du premier Commodore 64 entré dans la maison aux premiers cours en BASIC sur les nouveaux ordinateurs de mon collège. Plus sérieusement, mon initiation à la programmation s’est produite dans le cadre de deux cours à l’Université de Montréal (1991 Pascal, 1992 C).

Au tournant du millénaire, l’investissement a été plus important. Cette transformation a surtout été visible lors de la cofondation du site Recettes du Québec. Inauguré en mars 2000, mon travail gravitait autour de l’administration, de la rédaction de contenu, des communications et de la programmation informatique. À son apogée, le site comptait 3500 recettes et accueillait environ un million de visiteurs uniques mensuellement.

Page d’accueil (2004)

Le développement était réalisé en php/MySQL. L’ensemble était codé à l’interne; aucun module externe n’était utilisé puisqu’ils ne correspondaient pas à nos besoins. En clair, cela signifie que le module de gestion de contenu, le forum de discussion, les inscriptions comme membre à la communauté et l’envoi de l’infolettre étaient programmés sur mesure. Un système de monitorage des commentaires publiés sous les recettes a également été créé afin d’éviter les abus. Enfin, un module permettant à chaque membre de créer son propre livre de recettes a été développé.

Durant cette période, quelques formations supplémentaires ont été suivies à l’Université de Montréal et à l’UQAM, allant de la programmation Internet à l’architecture des ordinateurs en passant par le C, le C++ et le Java ainsi que les structures discrètes en informatique. À ce moment, ma formation en physique (certificat 1994 Université de Montréal) a été utile.

Le Devoir, 5 juillet 2006, page B-4

En 2006, Recettes du Québec a été vendu à Médias Transcontinental. Entre 2007 et 2019, j’ai effectué un passage en histoire de l’art. Au départ, pour m’amuser, j’ai animé un blogue installé avec WordPress. Je n’ai jamais créé de thème, mais comme beaucoup de personnes, j’en ai adapté selon les besoins. La tâche était facile puisqu’il s’agissait de php/MySQL.

D’une manière plus utile, j’ai développé une base de données et un système permettant de la consulter dans le cadre de ma recherche en histoire de l’art. Au début, il s’agissait d’un strict projet personnel. Toutefois, après avoir obtenu ma maîtrise, j’ai transformé cette base de données en outil méthodologique dans le cadre de ma recherche doctorale. Après environ une décennie, elle répertorie 6400 œuvres, 2100 artistes et 550 collectionneurs et collectionneuses. Elle se concentre sur les expositions organisées à Montréal entre 1860 et 1920.

Précisément, ce module de recherche est bâti autour d’objets comme Oeuvre, Artiste et Prêteur. Une Exposition est une relation (au sens informatique) reliant ces objets et enrichie d’attributs comme la date et le lieu de l’exposition. Ensuite, j’utilise des vues (au sens informatique) pour créer des groupes de collectionneurs, d’oeuvres et d’artistes selon certains axes de ma recherche et possédant des contours plus flous. Cette façon de procéder fonctionne bien pour l’analyse historique. Puisque je continue de le maintenir à jour, j’ai réussi sa migration de php5 vers php7. Au moment de la rédaction de ce texte, il est toujours fonctionnel sous php 7.4 et mySQL5.0.12.

Ce mariage entre l’histoire de l’art et l’informatique a eu deux conséquences importantes. La première est épistémologique. Ma question tourne autour de la transformation du monde en données numériques. Mon intérêt pour ce sujet s’explique en partie par mon passage en démographie (certificat 1994 Université de Montréal). Au fil des décennies, elle s’est transformée. Aujourd’hui, elle est centrée sur le moment à partir duquel une donnée perd ses valeurs qualitatives pour se dissoudre dans une masse quantitative.

J’utilise un exemple pour l’illustrer. Imaginons une peinture de Claude Monet. Nous sommes en présence d’une single data. L’histoire de l’art nous renseignera grandement sur ses qualités artistiques, de la place de l’oeuvre dans la vie du peintre à son inspiration en passant par les matériaux utilisés et la symbolique de l’image. À l’autre extrême, imaginons l’ensemble de toutes les peintures françaises créées entre 1800 et 1950. Cet ensemble serait immense. Il appartiendrait au big data. Ma question est la suivante: à partir de quel moment passons-nous du single data au big data? Cette zone floue est celle dans laquelle se trouve mon module de recherche. Je l’ai nommée middle data. Dans le cadre de ma recherche doctorale en histoire de l’art, j’ai précisé cette idée.

La deuxième conséquence du mariage entre l’histoire de l’art et l’informatique est mon intérêt tout naturel vers les initiatives qui en découlent. Elles sont nombreuses! Elles vont de l’acquisition d’un code Hello World! par le Smithsonian à l’emploi du 3D pour reconstituer des bâtiments disparus en passant par le crypto-art, le recours à l’intelligence artificielle, la diffusion des collections, l’apprentissage machine, la création intelligente d’images, etc.

Après mon passage en recherche en histoire de l’art, je recommence à coder d’une manière plus importante. Richard Stallman a déjà comparé la programmation au travail d’un artisan puisque ce sont les heures de travail qui améliorent la pratique. Je suis de cette école.

Le premier pas de cette nouvelle étape a débuté en février 2020 par une inscription au certificat en informatique appliquée à la TÉLUQ. Rafraîchir ma mémoire, pratiquer mon artisanat et développer de nouvelles aptitudes sont les objectifs du moment. Un loisir sympathique en ce sens demeure le projet Euler. Sur le plan professionnel, l’avenir dira où ce chemin mène.